Assurance récolte : des ajustements nécessaires
En 2023, les souscriptions à l’assurance récolte ont connu une nette croissance, avec une hausse des surfaces couvertes, passant de 17 % à 23,4 %. En grandes cultures et légumes, la part des surfaces assurées a évolué de 31,1 % en 2022 à 36,6 % en 2024. Une tendance similaire a été observée en viticulture (31,2 % en 2022 contre 36,8 % en 2024). Mais les secteurs qui ont enregistré la plus forte progression sont l’arboriculture et les prairies, là où l’assurance récolte était très peu diffusée avant la réforme : les surfaces assurées ont atteint 14,4 % en 2024 contre 1,5 % en 2022 en arboriculture et 9,1 % en prairies contre 0,5 % en 2022.
Mais le rapport de janvier 2026 de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale souligne aussi un ralentissement de cette dynamique en 2024 et 2025, à l’exception de l’arboriculture. Deux raisons expliquent cette situation. D’une part, le climat favorable en 2023 et 2024 a contribué à atténuer la perception du risque chez les agriculteurs. D'autre part, le contexte économique dégradé, notamment pour les filières viticoles et les grandes cultures, a conduit de nombreux exploitants à réduire leur couverture assurantielle.
En conséquence, et ce malgré une amélioration par rapport à la situation antérieure à la réforme, cette dernière n’a pas permis une diffusion plus large. Les taux de couverture restent très éloignés des objectifs prévus par le législateur et la dynamique actuelle semble insuffisante pour les atteindre à l’horizon 2030. Face à ces constats, plusieurs évolutions apparaissent nécessaires.
Renforcer la pédagogie et la sensibilisation des agriculteurs
L’adhésion des agriculteurs au dispositif reste étroitement liée à leur expérience concrète de l’indemnisation. “Lorsqu’un sinistre ne déclenche pas de versement ou que celui-ci est jugé insuffisant ou tardif, l’intérêt même de la souscription peut être remis en cause”, expliquent les auteurs. Cette perception est accentuée par la forte variabilité interannuelle des aléas climatiques : les années dites “favorables”, sans indemnisation, tendent à réduire l’incitation à s’assurer, l’assurance étant alors perçue comme “un coût certain face à un risque jugé abstrait ou lointain”.
Toujours selon les auteurs, la diffusion de l’assurance récolte se heurte à une culture du risque encore incomplètement ancrée dans le monde agricole. L’assurance multirisque climatique n’est pas vue comme un instrument ordinaire de sécurisation du revenu.
Allonger la période de référence pour le calcul de la “moyenne olympique”
Conformément à la réglementation européenne, la perte subie par l’agriculteur est calculée sur la base de la production annuelle moyenne de l’agriculteur au cours des trois années précédentes ou de sa production moyenne triennale calculée sur la base des cinq années précédentes en excluant la valeur la plus élevée et la valeur la plus faible (méthode dite de la “moyenne olympique “).
Or, dans un contexte de baisse tendancielle des rendements liée à la multiplication des aléas climatiques, ces méthodes conduisent à une estimation des pertes de moins en moins favorable aux agriculteurs, notamment en viticulture et en production fourragère.
Afin de limiter cette tendance, “la France devra se saisir de la possibilité d’allonger la période de référence de la moyenne olympique à huit ans, conformément aux évolutions attendues du droit européen dans le cadre de la prochaine période de la politique agricole commune”.
Revoir l’assurance prairie
L’assurance prairie rencontre des difficultés spécifiques, largement liées au recours à l’indice de production des prairies (IPP), fondé sur des images satellitaires pour estimer les pertes. De nombreux éleveurs contestent la faible corrélation entre cet indice et la réalité agronomique observée sur le terrain, en cas de sécheresse, de grêle ou d’inondation. “L’indice peut lisser des situations très contrastées à l’échelle d’une exploitation, voire d’une parcelle, entraînant l’absence de déclenchement de l’indemnisation alors même que les pertes sont avérées”.
Ces écarts nourrissent un sentiment d’injustice et de défiance à l’égard de l’assurance prairie, freinant la souscription et fragilisant l’équilibre du dispositif. Pour les rapporteurs, le dispositif doit être corrigé afin que les observations de terrain et les réclamations des agriculteurs soient mieux prises en compte dans le calcul des indemnisations.
En définitive, la réforme de l’assurance récolte a permis des avancées, mais elle n’a pas encore atteint ses objectifs de diffusion massive et de sécurisation financière des exploitations agricoles.