Engrais azotés : une aide d'urgence pour les achats 2026 et une stratégie de souveraineté à long terme
“Les engrais sont agronomiquement indispensables à la production agricole et à notre souveraineté alimentaire”. Or, leur coût a fortement augmenté depuis le début de la crise au Moyen-Orient.
Ce surcoût intervient alors que de nombreuses exploitations, notamment en grandes cultures, sont déjà éprouvées par plusieurs campagnes déficitaires. Dans un contexte marqué par des cours mondiaux agricoles peu rémunérateurs et par les conséquences de la canicule actuelle, le renchérissement des engrais risque de freiner les remises en culture de l'automne.
Jusqu'à 145 millions d'euros mobilisés
A la demande de la France et de plusieurs États membres, la Commission européenne a décidé d'activer la réserve de crise agricole. Une enveloppe de 107 millions d'euros est attribuée à la France. Elle pourra être complétée par des crédits nationaux, portant le montant total de l'aide à 145 millions d'euros.
Le ministère a indiqué avoir préparé le dispositif en concertation avec les organisations professionnelles afin de permettre un versement rapide.
Une aide forfaitaire à la tonne
Le mécanisme retenu se veut simple et accessible au plus grand nombre.
L'aide portera sur les achats d'engrais azotés simples réalisés entre le 1er juin et le 30 septembre 2026.
Deux niveaux de soutien sont prévus :
- 50 €/tonne d'engrais azoté simple pour l'ensemble des agriculteurs, plafonné à hauteur de la moitié de leur consommation de 2025 ;
- 70 €/tonne pour les exploitations dont les dépenses d'engrais représentent plus de 10 % des charges.
Un point de situation sera réalisé fin septembre pour évaluer l'évolution des marchés en fonction du contexte géopolitique.
L'objectif affiché est de permettre aux exploitants de maintenir leurs achats d'engrais afin de préserver le potentiel de production des récoltes 2027.
Trois axes pour renforcer la souveraineté française
Au-delà de cette réponse conjoncturelle, le Gouvernement a présenté une stratégie de long terme destinée “à réduire la dépendance de la France aux engrais importés et à renforcer la compétitivité de la filière”.
Optimiser l'utilisation des engrais
Le premier volet renforcera “les outils permettant aux agriculteurs d’adapter au plus juste leurs apports en engrais, notamment grâce aux bilans azotés à la parcelle, aux analyses de sols et aux outils d’aide à la décision”.
Les objectifs annoncés à l'horizon 2030 sont :
- une augmentation de 40 % des surfaces bénéficiant d'un bilan azoté ;
- une réduction de 20 % du surplus brut d'azote ;
- de porter à 30 % la part des systèmes de production à bas intrants ;
- d'atteindre 2,7 millions d'hectares de légumineuses cultivées.
Développer les alternatives organiques
Le deuxième axe repose sur une meilleure valorisation des effluents d'élevage.
Le plan prévoit notamment :
- 80 % de fosses couvertes pour les effluents liquides bovins et porcins ;
- l'enfouissement rapide des fertilisants afin de limiter les pertes d'azote, avec un objectif de 30 % de l'urée et 20 % des solutions azotées incorporées au sol dans les douze heures suivant leur épandage.
Relancer une production française d'engrais décarbonés
Enfin, le Gouvernement souhaite renforcer les capacités industrielles nationales.
Un programme d'investissements industriels de 2 milliards d'euros sur dix ans, soutenu à hauteur de 620 millions d'euros, est prévu pour moderniser les capacités de production existantes et en développer de nouvelles. L'ambition est d'augmenter de 20 % la production française d'ici 2032.
Le Gouvernement annonce également plusieurs mesures destinées aux industriels du secteur.
Les producteurs d'engrais pourront bénéficier, à titre exceptionnel en 2026, au titre des dépenses de 2025, de l’ouverture de la compensation carbone indirecte (CCO₂), afin de limiter l’impact du coût du carbone sur leurs factures d’électricité.
Par ailleurs, la France a demandé à la Commission européenne d'adapter le fonctionnement du marché carbone européen (ETS), avec l'objectif de poursuivre la décarbonation de l'industrie tout en limitant les conséquences sur la compétitivité des producteurs et le coût des intrants supportés par les agriculteurs.